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  • Les brumes de l'abîme : chapitre 4 (partie 2)

    sinister.jpgHélas leur moral déclina à mesure qu’ils approchaient de la ville : la végétation s’était faîte plus rare ne laissant qu’un sol aride et grisâtre, et l’air devenait de moins en moins respirable. Quand enfin ils purent apercevoir la ville de Jurissima, ils eurent la désagréable surprise de la voir baigner dans un nuage noirâtre et nauséabond. Il s’agissait d’une cité de belle dimension où des tours d’acier poussaient comme des champignons, les rues étaient recouvertes d’une étrange substance noires mais néanmoins solide, et nulle plante ne semblait pouvoir y survivre. Tout fantaisie avait déserté l’architecture des bâtiments, aucune infrastructure n’était superflue d’ailleurs : nulle trace de statues, nulle trace de jardins, nulle trace de joie à l’horizon. Lorsque les Frères se mirent à arpenter les rues, ils furent frappés par la vitesse à laquelle se déplaçaient les habitants : personne ne ralentissait, personne ne discutait, tout le monde semblait s’afférer à une tâche absorbante. Les compagnons furent bousculés de toutes parts, sans que jamais personne ne s’excuse. Mais le plus horrible, était que le visage de chaque individu était dissimulé par un voile brumeux, et rien ne permettait de les distinguer pas même leur façon de s’habiller. Ils vivaient dans leur monde, sans réagir à leur environnement extérieur. Le groupe malgré la fatigue occasionnée par leur longue marche, et leurs traits tirés, avait l’air de rayonner de vitalité et de gaieté comparé à ces spectres ambulants !

    Tandis qu’ils progressaient dans cet univers étrange, où tout semblait avoir sa place et rien laissé au hasard, ils remarquèrent sur le bord d’un trottoir, un individu différent de la masse uniforme dans laquelle ils évoluaient. Ils s’approchèrent prudemment jusqu’à pouvoir apercevoir son visage : une momie aurait eu meilleure allure ! D’une maigreur cadavérique, il avait le visage rongé par la dénutrition et la maladie, aucune étincelle de vie ne semblait briller dans son regard. Profondément choqué par cette vision, Anomen se pencha sur le malheureux et le regarda fixement le regard plein de pitié :
    « - Mon pauvre ami, que vous est-il arrivé ? Pourquoi vos compatriotes ne vous aident-ils pas ?
    - Qui êtes-vous ?! Que me voulez-vous ?! Ne voyez-vous pas que l’on m’a déjà tout pris ? Bande de rapaces, de chiens galleux, laissez moi en paix !!
    - Doucement papy ! On te veut pas de mal, c’est juste que tu sembles être le seul type à visage humain dans les environs, enfin humain c’est vite dit ! Disons que t’as le mérite d’avoir un visage…
    - Arrête ça Phaelgalis ! Désolé de vous importuner monsieur, mais nous nous inquiétons simplement pour vous. intervint Anomen
    - Ha ! Ha ! Vous vous inquiétez pour moi ? Mais d’où vous sortez vous tous les cinq, du plan des clowns démoniaques ? J’ai jamais rien entendu d’aussi drôle ! Sachez qu’ici on ne s’inquiète pas d’autre chose que de sa productivité ! Il fut pris d’une quinte de toux. Bah après tout pourquoi pas ? Bientôt je serais mort de faim ou d’ennui de toutes façons ! Qu’est-ce que vous voulez savoir ?
    - Votre histoire pour commencer, pourquoi êtes-vous différent des autres ? Et par la suite nous aimerions savoir si nous pouvons faire quelque chose pour vous aider.

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    - Ho ! Ho ! Ho ! Votre voix est tellement remplie de compassion que ça en devient écoeurant ! Mais si vous voulez tout savoir je suis un improductif, et en tant que tel je paie les pots cassés. J’ai pas toujours été comme ça, ha ça non ! Il fut un temps lointain, il y a deux semaines je crois, où j’étais un travailleur hors pair, ma fonction de production était une des plus élevée de la ville ! Je ne dormais jamais, je ne perdais jamais mon temps, j’étais un être absolument pur et parfait. Mon malheur a commencé lorsque j’ai rencontré cet être souillé par la flânerie et l’idéalisme, il est venu me voir à mon bureau, en habits décontractés, les cheveux mal peignés et aucun dossier sous le bras : un vrai monstre, un peu comme vous d’ailleurs ! Il m’a tenu des propos incohérents sur un autre monde, où chacun pourrait s’épanouir, laissant libre cours à sa créativité, un monde où les sentiments auraient le même statut que la sacro sainte rationalité ! Un monde plus respectueux de la nature et des hommes, un monde plus égalitaire, un monde plus libre aussi ! Ce type est dingue : un monde plus libre ? Nous sommes libres, pas d’Etat, pas de roi, juste quelques patrons et directeur de production c’est tout ! Et puis si la liberté, c’est également la liberté de rêver, de voyager, de s’ouvrir aux autres c’est un concept horrible : tout cela ne produit rien, ça n’est pas rentable ! J’ai donc fait renvoyer cet homme par les troupes d’élites de la ville, qui lui ont brisé la nuque en essayant de le maîtriser ! Hélas ce vil agent non économique a eu le temps de me contaminer. Il m’a fait me poser une question, une simple petite question qui en appelait en réalité des milliers d’autres : Pourquoi ? Pourquoi quelqu'un en était venu à penser de la sorte ? Notre système n’est-il pas parfait ? Depuis ces questions me trottent dans le cerveau sans que je puisse m’en débarrasser ! Penser est une perte de temps, j’ai donc perdu en productivité et moins je m’activais plus je doutais, je suis tombé dans le piège vicieux de ce rebut de la société ! J’ai été mis au ban de ce monde parfait, le voile brumeux autour de me yeux s’est soudain évanoui, révélant la noirceur de ce monde ! Maintenant il est probable que je meure dans les prochains jours, le mieux que vous ayez à faire est de me laisser tranquille. Acheva-t-il le regard dans le vide.
    - Non ce n’est pas vrai la vie n’est pas noire, le bien existe dans ce monde ! Venez avec nous et vous verrez à quel point c’est agréable de voyager et de respirer un air pur ! s’emporta le paladin
    - Fichez moi le camp, espèce d’utopiste à la petite semaine !

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    - Hé bien ouais, le monde peut être noir, comme il peut être sympa parfois. Et alors ? Faut-il pour autant se lamenter constamment ou entrer dans une petite bulle pour s’en prémunir ? La fumée qui t’empêchait de voir une autre réalité s’est dissipée : tu peux rester là à te laisser crever en maudissant ton sort, ou tu peux faire preuve de curiosité et voir ce qui se passe ailleurs ! On ne peut être éternellement heureux, ou ne jamais rencontrer d’obstacles, on passe son temps à alterner différentes phases à une fréquence plus ou moins élevée. A toi de jouir de tous tes moments agréables, et de te battre pour que les mauvais moments soient le plus court possible. Si tu as de la chance tu trouveras des personnes pour t’accompagner sur le chemin qui te mènera un jour à ta mort. Certaines resteront et beaucoup partiront, ta douleur rendra alors plus grande encore ta joie de trouver un nouveau compagnon par la suite. C’est ce qu’on appelle la vie, cherche y un sens si tu veux, ou profite en pleinement, ou maudis la après tout, ce n’est pas à moi de te dire quel chemin tu dois prendre ni comment tu dois l’arpenter ! Pour ma part j’ai choisi de croire en l’avenir, de profiter de ma vie à fond : moi aussi je me pose des questions, moi aussi je change, c’est notre lot à tous ! Simplement quand un changement ne me convient pas, je fais mon possible pour prendre une autre voie ! Le fatalisme ne mène nulle part, et même si je ne dis pas que l’optimisme mène quelque part au moins tu auras essayé. Tu as les clés en main à toi de voir ! épilogua Phaelgalis
    - Arrête ! Je ne veux pas t’écouter, va-t-en, hors de ma vue !!! hurla le mendiant
    - Qu’il en soit ainsi, je ne peux te forcer à rien, si tel est ton choix je le respecterais, même si j’espère pour toi que tu te ressaisiras avant qu’il ne soit trop tard ! Juste une dernière question, selon toi qui tient les rennes de ce système ? dit le barbare l’air las.
    - Certains prétendent qu’un monstre de papier nous contrôle tous en échange de sa protection. Ce monstre selon ces mêmes personnes, ce serait éloigné de ses buts premiers, ne servant plus que les plus forts ! Foutaises si tu veux mon avis, barbare répugnant !
    - J’irais trouver ce monstre de papier et je lui ferais la peau ! Bon vent à toi, l’ami. » conclut Phaelgalis, l’air plus grave qu’il ne l’aurait voulu.

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    Le groupe s’éloigna à contrecoeur de ce triste individu, et Anomen tiraillé par son devoir de paladin n’y tint plus et interpella le barbare :
    « - Il faut faire quelque chose pour lui venir en aide ! J’y retourne !
    - Cela ne servira à rien. Répondit simplement Phael
    - Et pourquoi ça, je refuse de laisser un homme dans une telle misère ! Il va mourir comme un chien dans la rue ! N’as-tu donc pas de cœur ?!
    - Sa misère ne tient pas seulement en l’argent, ce n’est pas un mendiant ordinaire comme on en voit dans les cités. Cette personne souffre plus profondément que cela, elle a été rejetée d’un système auquel elle adhérait totalement, c’est bien ça le pire, elle n’arrive plus à concevoir la vie autrement : elle est résignée à attendre sa mort ! Tu ne peux pas l’aider dans l’immédiat, il est trop faible pour que nous le transportions, et le cœur des hommes autour de nous s’est refermé, il n’y a aucune structure pour l’aider alentour. Moi aussi ça me rend malade ! Mais ton approche n’était pas la bonne, ces gens n’ont pas besoin de ta pitié, ils ont besoin de retrouver confiance en eux ! Que cela t’amène à réfléchir sur le système de l’église solamnique : vous entendez jouer un rôle durable, alors que votre action devrait dans l’absolu ne pas avoir de raison d’être, ou au pire n’être que transitoire. Si tu veux vraiment que ce genre de situation cesse, plus que prêcher la parole de ton dieu, tu devrais œuvrer pour transformer le système. Créer une société basée sur la tolérance, à même de laisser les gens s’épanouir, une société où la concurrence ne serait que secondaire, bref une société qui ne laisserait personne sur le côté. Mais après tout je ne suis qu’un barbare, donc forcément je ne dis que des choses stupides et j’agis de façon stupide : d’ailleurs je suis stupide que je me suis dit que pour aider ce type le mieux était de s’attaquer au cœur du système ! En mettant le feu à cet hypothétique monstre de papier !
    - Je ne savais pas que les barbares pouvaient philosopher ! La grosse brute au grand cœur, quand tu tues les gens tu le fais par compassion aussi ? le railla le mage.
    - Toi espèce de sale mage, je vais te faire bouffer ta barbe ! s’énerva Phael
    - Ouais vas-y Phaelgalis, je suis avec toi ! intervint Rolimbo
    - Non, moi j’ai rien dit, laissez-moi tranquille, non !!! » hurla l’elfe face à la charge de deux guerriers
    Après une petite bagarre amicale, le paladin un peu confus, finit par déclarer :
    « - Je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu viens de dire ! Mais il y a un fond de vérité, voyons si ce monstre existe et les cas échéant éliminons le ! »
    C’est ainsi qu’ils décidèrent de se rendre dans le bâtiment central de la ville pour mettre un terme à tout ceci ! Ils expédièrent les quelques gardes dans l’autre monde et après avoir défoncé quelques crânes et quelques portes, ils parvinrent enfin au sommet. Le cœur battant ils ouvrirent le gigantesque portail d’entrée, s’attendant au pire : une vive lumière ainsi qu’une odeur de vieux papier et de renfermé les assaillirent. C’est alors qu’ils virent le fameux monstre de papier !!!

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    Il se tenait là devant eux, de toute son immensité ! Son corps n’était qu’un amoncellement de feuilles jaunies par les ans, sa nature polycéphale déconcerta nos compagnons qui dans le doute chargèrent une à une les immenses colonnes de papier ! Plus ils tranchaient dans le vif, et plus il semblait y avoir de papier à occire ! Soudain une voix retentit derrière eux, une homme d’une quarantaine d’années, le crâne dégarnie et le teint pâle de ceux qui ne voient que rarement le jour, les toisait du regard l’air indigné derrière ses lunettes de vue, très moches par ailleurs :
    « - Mais que signifie cela ? Qui ose mettre en pièces mes précieux dossiers ?! Plus de dix années de classement réduit en confettis, c’est une honte ! C’est un scandale ! Je vais faire quérir la garde sur le champ !
    - Y’a plus de garde, petit chauve binoclard ! Il n’y a plus non plus de monstre de papier ! Vous voilà tous libres ! déclara Phaelgalis.
    - Oui finalement il n’était pas si terrible que ça ! J’ai du mal à croire qu’une créature aussi faible ait pu asservir une aussi grande ville ! se réjouit le paladin.
    - Mais qu’est-ce que vous racontez, bon sang ! Les seuls monstres ici c’est vous ! Vous venez de réduire à néant toute une vie de travail, espèces d’imbéciles ! s’époumona le petit chauve.
    - Vous voulez dire qu’il n’y avait pas de monstre ? Mais où se cache-t-il alors ? Pourquoi tant de gens accepteraient-ils de vivre dans un système aussi aliénant sinon ? s’interrogea Anomen.
    - Mais d’où vous débarquez-vous ? Notre système n’est en aucun cas basé sur le pouvoir d’une quelconque créature démoniaque ! Il est le fruit de plusieurs siècles de tractations juridiques, de luttes sémiologiques et de jurisprudence ! Seulement voilà les gens cherchent toujours de la magie partout où il n’y a que des constructions historiques. Enfin là je dois dire que vous êtes les premiers à aller si loin ! Toute domination ne se base qu’en partie sur la violence et la menace physique, avec le temps les gens intériorisent ce système rendant inutile les démonstrations de force initiales. Et quelque part ces sujets ont quelque chose à y gagner : la perspective d’une vie sans questions et l’espoir totalement factice, car le pouvoir et les richesses restent globalement concentrés, de s’enrichir un jour par le travail pour le travail. À terme ils se sont tellement investis dans le système, que cela en devient une drogue pour eux et ainsi ils sont pris au piège. Pour cela on leur serine dès la naissance des tonnes d’idées préconçues, et de rêve préfabriqués, on leur fait perdre le goût de l’humour, de l’amour, et on leur apprend à écraser les faibles ! Le fait est que vous pouvez toujours trancher toutes les têtes que vous voulez, occire des dizaines de monstres, vous ne ferez pas tomber le système à moins d’en connaître tous les rouages, et de s’investir des années durant dans un travail d’éveil des habitants de Jurissima ! C’est là ce qui fait notre force, et je ne pense pas qu’une bande de simplets dans votre genre puisse faire quelque chose ! jubila leur interlocuteur.
    - Mais vous, vous les connaissez ces rouages ! Pourquoi diable ne faîtes vous rien pour changer les choses ?! s’indigna Anomen.
    - J’étais une sorte d’utopiste il y longtemps, moi aussi je désirais plus que tout changer les choses ! J’ai donc étudié consciencieusement les secrets de Jurissima, les logiques sous-jacentes à ces phénomènes. Par mon travail j’ai brisé cet écran de fumé qui obstruait ma vision de mon environnement ! Mais, j’étais allé si loin, je m’étais tellement investi que lorsque le moment d’agit fut venu, je me suis dit que j’avais tout à y perdre et pas grand-chose à y gagner ! Le voile brumeux autour des yeux de mes concitoyens, n’est finalement que la matérialisation de celui qui enserre nos cœurs ! J’ai fini par voir clair, mais je ne me suis pas débarrasser de cette entrave invisible : du stade de son plus farouche opposant, je suis devenu un des meilleurs garant de ce système ! Combien de vies ai-je ruiné ? Je ne sais plus, et je m’en moque ! L’essentiel est que j’ai un certain pouvoir, et que je sache, ce qui en somme me rend supérieur à cette masse uniforme ! Ha ! Ha ! » s’esclaffa l’homme le regard plein de folie
    Très irrité par les dires de cet individu, Phaelgalis le saisit prestement par le col de sa robe de magistrat et l’envoya imiter les elfes ailés par la fenêtre de la pièce ! Peu après le bruit occasionné par les bris de verre, on entendit le craquement caractéristique d’une colonne vertébrale qui explose.
    « -Je ne suis peut être qu’un barbare, je tue des gens à longueur de journée, mais je ne suis pas un lâche ! Je combats toujours en face à face, et je risque ma vie à chaque instant, c’est comme ça que j’ai grandi et que je vis. Je ne dis pas que c’est bien, mais au moins je n’assujetti personne, je ne brise pas leur humanité et je ne me sens pas supérieur à eux ! Tu n’as eu que ce que tu mérites, c’est tout ce que je pouvais faire et je l’ai fait. Le monstre ne se trouve pas dans ces amoncellements de papier, mais dans le cœur des hommes de ton genre ! Sois maudit ! » cracha Phaelgalis.

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    Dans les dix secondes qui suivirent, une troupe d’élite dépêchée par les autorités suite au carnage de nos amis, pénétra dans le bureau et encercla le petit groupe. Un haut prélat s’avança le visage impassible, sortit une feuille remplie d’injonctions écrites et commença à la lire :
    « - Suite à vos exactions dans le bureau des contributions, le tribunal vous a reconnu coupable de crime d’homicide volontaire sur la personne du magistrat 7201-467 DC. Ce forfait est passible de la peine capitale et la sanction est applicable immédiatement. Néanmoins, après réexamen de la chute de mon subordonné, il est apparu qu’il a mit trois fois moins de temps à atteindre le rez-de-chaussée, soit une hausse de productivité de près de 200 points, si l’on considère toutefois le rajout d’un matelas ou deux en bas de chaque bâtiment. Dans ces conditions et compte tenu de la jurisprudence de l’arrêt 567-CC du Conseil des Sceaux dit « Société des ascenseurs Hobgobelins et des rochers Polymorphico-hémoiroidique des Sauges », les présents accusés sont acquittés et recevront une récompense pour service rendu de l’ordre de 600 piastres, auxquels nous déduirons les frais de dossiers à savoir 200 piastres. A cette missive s’ajoute l’obligation pour les cinq prévenus de quitter Jurissima dans les meilleurs délais, sous peine de sanctions administratives lourdes. » Acheva-t-il sur un ton monocorde.


    On leur remit la somme convenue, et c’est sous bonne escorte que le groupe médusé fut reconduit aux portes de la ville. Au vu du déploiement spectaculaire de force des autorités, toute résistance aurait été vaine et c’est dans la confusion la plus totale, et avec un arrière goût amer sur la langue, qu’ils regagnèrent les plaines de Mokhiosis. Leur belle épopée avait fait long feu, et il ne leur restait guère que leur frustration. Pourtant au fond de lui, Phaelgalis, se jura de revenir un jour sauver ces pauvres hères de leur funeste destin : ce monstre de papier devait forcément exister, l’autre n’avait dit que des mensonges pour leur prouver le contraire, mais il savait bien que c’était faux. Ca devait être faux ! C’est sur ces considération qu’il s’enfonça plus avant à la suite de ses amis, dans l’immensité dorée de cet océan de hautes herbes.

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  • Les brumes de l'abîme : chapitre 4 (partie 1)

    Chapitre 4


    frazetta.jpg« - Le monde s’est effondré sur mes épaules ! Où suis-je ? Qui suis-je ? Je ne suis que douleur ! Mon âme est dévorée par la peine et le désespoir tandis qu’elle se durcit sous les caresses d’un froid inhumain ! Déjà l’odeur de la mort et de la décomposition de mon être submerge mes sens olfactifs. Je… je… j’étouffe, une chape de plomb s’est abattue sur mes poumons ! Vite je dois ouvrir les yeux et respirer!... » Arthalas s’éveilla la nuque trempée de sueur, avec l’étrange sensation d’être entravé par une force supérieure. Rien de plus normal si l’on considérait que le barbare avait roulé sur lui durant son sommeil. Ses pieds dénudés et malodorants flottaient à quelques centimètres du nez de l’elfe, dont le visage tournait de plus en plus vers un vert violacé. Pas encore totalement remis de ses blessures, le jeune archer ne put se défaire de son encombrant fardeau et du se résoudre à le pincer très violement au mollet gauche. A la réflexion, il y prit même un petit plaisir sadique, surtout quand le barbare se réveilla hurlant et vociférant. Hélas, dans son mouvement précipité Phaelgalis assena involontairement un sévère coup de pied sur le front de l’elfe, qui se rendormit étrangement sur le coup. Un peu groggy le colosse, scruta les environs à la recherche du coupable, mais ne voyant que ses compagnons endormis autour de lui, il en conclut qu’un lutin des neiges avait du lui jouer un mauvais tour. En remarquant l’elfe inconscient sous lui, il se demanda comment ce dernier avait pu être suffisamment maladroit pour se retrouver là. Il le repoussa nonchalamment sur le côté, ratissant au passage une belle quantité de poudreuse, puis retourna à ses oniriques massacres dans les bras de Morflé, le dieu barbare du sommeil.


    Le soleil culminait déjà à son zénith lorsque les compagnons daignèrent enfin retourner à la triste réalité du monde conscient. Un froid intense régnait encore dans l’atmosphère et torturait la petite troupe, en dépit du misérable feu magique de Zacharius. Aussi fut-il convenu qu’ils quitteraient les hautes altitudes d’ici à la fin de la journée. Le groupe entama donc la phase descendante de son épopée alpine, non sans ressentir une certaine lassitude. Ils marchaient depuis deux bonnes heures lorsque le mage se prit de nouveau les pieds dans sa robe, qui n’était décidément pas pratique pour la randonnée, et dévala le long de la pente sur une dizaine de mètres avant de heurter une forme solide et lisse. Ils se retrouvèrent devant un bloc de glace d’à peine plus d’un mètre sur un mètre cinquante, dont le cœur renfermait une étrange créature à la peau de jais. Le tout aurait pu aisément évoquer un esquimau à un géant Klorkien : un esquimau aromatisé au nain ! Car il s’agissait bien d’un nain, bien que d’allure peu orthodoxe par rapport à ceux de ces contrées, prisonnier de ce piège transparent. Comment était-il arrivé là ? Qui lui avait fait subir un tel traitement ? Mystère et boules de gob’ ! Toujours prompt à faire une démonstration de ses pouvoirs, Zach lança un sort d’UV tropicaux sur le monolithe gelé, qui fondit à vue d’œil. L’étrange petit nain, revint peu à peu la vie et s’ébroua tel un chien, propulsant des gouttes frigorifiques sur le barbare. A mieux considérer le nouveau venu, il devait mesurer un bon mètre vingt, si l’on comptait les semelles de ses étranges chaussures à mi chemin entre la tong et la botte. Il était visiblement de constitution plus fine que ses congénères, sa peau évoquait les sables basaltiques des plaines d’Utmitran, son armure se résumait à une fine côte de maille à bretelles et une sorte de pantacourt en cuir. Mais deux détails frappaient immédiatement lorsqu’on le regardait : son étrange hache en métal doré dont les lames étaient étrangement inclinées, et sa superbe coiffure rasta qui lui tombait aux épaules, couplée avec une barbe tressée de la même manière. D’abord un peu hébété, le nain se ressaisit très vite et dévisagea ses sauveurs de ses yeux de jade et d’ébène. Il leur lança un sourire chaleureux avant de leur serrer prestement la main. Il émanait de lui un charisme certain, malgré son air un peu dénutri, ainsi qu’une énergie débordante qui le faisait bondir en tous sens, le tout en rythme s’il vous plait. Visiblement heureux de pouvoir à nouveau se mouvoir, il prit une posture avantageuse et se présenta aux Frères d’un air plein d’assurance, mais aussi de sympathie, adoptant un accent chantant et un dialecte pour le moins étrange :
    « - Yo, les mans, mi appele Rolimbo, le nain rasta, plus grand dragueur de tantines et le boss de la danse Ragga-Hache de toute mon pays ! Comment zot i lé ?! Mi remercie à zot d’avoir sauv’ a moin, comment zot i appele dont ?!
    - Heing ???? » Firent les compagnons à l’unisson.

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    Le mage avait armé un sort de bouclier jurant entendre les paroles d’une incantation, tandis que les autres affichaient un air d’ahuri accompagné de grimaces à faire pâlir un ogre. Surpris mais guère décontenancé, il avait appris à ne jamais perdre la face, Rolimbo repris dans un commun légérement saccadé, mais néanmoins de très bonne qualité, le fil de la conversation :
    « - Désolé, j’oubliais que j’étais si loin de chez moi ! Ne vous offusquez pas de mes dires, nos deux langues étaient proches autrefois, mais le temps a hélas fais son œuvre. Je voulais simplement dire que je me prénommais Rolimbo, et que je vous remerciais de m’avoir sauvé. J’aurais également aimé savoir le nom de mes bienfaiteurs, si ce n’est pas trop vous demander.
    - Hum…Hum ! Il est vrai que ton langage est un peu surprenant, cependant je pense qu’il n’y a pas de mal. Essaye simplement de t’adresser à nous en commun à l’avenir, pour faciliter la compréhension. Pour répondre à ta question, je suis Anomen, paladin de mon état, et voici Phaelgalis le barbare, Zacharius mage à la cour du roi Dekon, et Arthalas guerrier elfe de Liorund. A mon tour de te demander quelques précisions : d’où viens-tu ? Et comment t’es-tu retrouvé en si mauvaise posture ?
    - Oté ! Heu mi…je veux dire que c’est assez embarrassant ! s’excusa le nain le rose aux joues.
    - Ha ! Ha ! Vas-y dis toujours petit bonhomme, et après je verrais si je te laisse la vie sauve ou pas ! menaça Phaelgalis, non sans malice.
    - Totoch ! Il ne plaisante pas votre copain, dommage qu’il sente si mauvais, sinon on en aurait fait un négociateur hors pair ! Bon je vais te raconter mes déboires si c’est ce que tu souhaites, mais recule un peu ton visage, parce qu’on ne respire plus par ici ! Après tout c’est pas un mystère peau de glabre !
    - Hé mais je rêve ou il vient de m’insulter le nain ? Il se prend pour qui celui-là ? Je vais te lui écraser le crâne ça ne va pas tarder !
    - De grâce je ne voulais pas vous fâcher messire. Il est évident que votre intelligence et votre sens du raffinement sortent de l’ordinaire… pour un ogre des marais ! lui répondit le nain rasta.
    - Mais c’est qu’il continue en plus ! Je prends un bain par an, espèce de face de drow ! Et puis mon odeur est une odeur n-a-t-u-r-e-l-l-e, je refuse les artifices de la civilisation : ça créé des pucelles dans le genre du mage derrière moi ! Maintenant si tu t’échauffes comme ça, je vais te refroidir en deux temps trois mouvement, et pour de bon cette fois ci ! s’emporta le barbare .
    - Voyons j’abhorre la violence gratuite, je préfère la musique et les jeunes filles… mais dans ton cas je crois qu’une bonne correction serait d’utilité publique ! »

     

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    N’y tenant plus Phaelgalis, abbatit lourdement ses épées dans la poudreuse, mais le nain esquiva sans peine d’un bond souple et rapide. Il évita les assauts suivants de façon acrobatique, effectuant constament des mouvements proches d’une forme de danse. Puis il saisit sa hache et se jouant du coup du barbare, pris appui sur le plat de sa lame et sauta par-dessus son adversaire. Une fois dans son dos il tenta de frapper le colosse, mais ce dernier pas si mauvais que ça, parvint à effectuer une roulade à temps pour parer la lame du nain. Phaelgalis donna alors un coup d’estoc avec son épée gauche, tandis que le nain transperçait sa garde : il se retrouvèrent tous deux avec l’arme de l’autre sous la gorge. Se fixant mutuellement du regard, chacun vit sa mort dans les iris de l’autre. Puis bizzarement la tension s’estompa, et tous deux éclatèrent de rire, au plus grand désarroi du reste des compagnons.
    « Ha ! Ha ! Finalement je t’aime bien petit nain, tu es impertinent, prompt au combat et totalement fou : tu ferais un bon barbare ! s’esclaffa Phael.
    - Je te retourne le compliment, tu te bats bien pour un type aussi lourdaud ! On ne peut juger son interlocuteur que dans un combat ! continua le nain. »
    Rouge de colère, Anomen s’immisça dans leur conversation, saisissant chacun des duellistes par le col :
    - Non mais, vous êtes aussi stupides l’un que l’autre ma parole ! « On ne juge son interlocuteur que dans un combat », jamais je n’ai entendu pareilles inepties. Nous venons de vous sauver la vie, et vous ne trouvez rien de mieux que d’attaquer l’un des nôtres Rolimbo ? Et toi Phaelgalis, il serait temps que tu te calmes : tu passes ton temps à menacer les gens et à te battre pour un rien ! Je ne sais pas ce qui m’empêche de vous attacher ici et de vous laisser mourir de froid !
    - La Règle, un paladin doit toujours protéger les faibles ! rétorqua Phael, singeant le paladin.
    - La Mesure qui dit que jamais un paladin ne doit donner la mort sans raisons ! renchérit le nain rasta sur un ton mielleux.
    - Mince il est génial ce petit bonhomme rasta ! Dis Anomen, on peut le garder ? Je m’en occuperais si tu veux. Allez dis oui, s’il te plait ! le pria Phaelgalis, tandis qu’en compagnie de son nouvel ami il lui lança un regard de biche.
    - Vous êtes vraiment deux fous ! On ne le connaît même pas, et il nous a attaqué…les deux autres le suppliant du regard avec insistance. Bon très bien, mais j’exige qu’il nous raconte son histoire au préalable, et si l’un de vous deux cause le moindre problème, vous quitterez le groupe tous les deux ! finit par lâcher le paladin, visiblement exaspéré.
    - Regardez moi ces deux gamins, si c’est pas malheureux de voyager avec ça ?! Qu’en dis-tu Arthalas ? ironisa Zach
    - Ils sont en effet pathétiques, mais ce sont de bons guerriers. Je crains hélas que l’on doive se contenter d’une escorte aussi farfelue, faute de mieux. » Répondit l’elfe.

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    Farfelue, c’était justement l’allure de ce groupe, qui devenait de plus en plus disparate, regroupant tout ce que ce monde faisait de mieux en matière d’originaux ! Avait-on idée de voir un nain noir d’ébène et bagarreur, un barbare irascible et crasseux, un mage porté sur la propreté, un elfe blasé, et un paladin paumé dans le lot sauver un jour le monde ? Moi Mat Sangdedragon, le moine copiste vous le dit tout sec : ce groupe n’a aucun avenir ! Je me demande d’ailleurs pourquoi mon maître me force à retranscrire leurs aventures ?! Non mais c’est vrai quoi ! Houlà, le Seigneur des histoires se rapproche, je ferais mieux de m’y remettre !

    Enfin quoi qu’il en soit, ils reprirent leur descente, jusqu’à arriver à des altitudes plus clémentes, où ils purent jouir de températures bien plus douces. Ils établirent leur campement sur un haut plateau, et à la tombée de la nuit tous se regroupèrent autour du feu, pour écouter l’histoire de Rolimbo, le nain rasta.Désormais le centre de toutes les attentions, le nain toussa légèrement et bomba le torse pour se donner une contenance, même si à côté de Phael ses efforts étaient vains. C’est alors qu’il commença son récit sur un ton enjoué, mais néanmoins teinté d’un soupçon de mélancolie :
    « - Je suis né sur une petite île au sud des plaines de Mokhiosis, il y a de cela une bonne centaine d’années. Cette île s’appelait Eternelle Douceur, et c’est là que j’ai grandi, je dirais que c’est là qu’est toute ma vie. Mais ce n’était qu’un nid à l’équilibre fragile, où trop d’oisillons virent le jour causant un gouffre démographique galopant. A l’age où un Pei-zan, un nain de mon village, peut enfin prétendre à la maturité je me suis retrouvé face à un problème de taille : il n’y avait plus aucun travail pour moi. Je désirais plus que tout exercer le métier de forgeur de Surf-Axe, une hache similaire à la mienne, branche la plus prestigieuse parmi les branches prestigieuses. Hélas aucun artisan n’a voulu me prendre comme apprenti. La vie est certes douce sur mon île, le soleil est toujours réconfortant et la mer chasse toute anxiété de nos regards, mais ne pouvant accomplir mon rêve j’aspirais à autre chose ! C’est la raison pour laquelle je décidai de partir au-delà des flots azurés et de parcourir le monde, pour parfaire mes connaissances en métallurgie et ainsi revenir en tant que grand artisan parmi les miens. J’arpente donc depuis quelques années les sentiers les plus variés qui soient, survivant en exerçant mes talents artistiques pour la danse et le chant, et prêtant main forte à des groupes d’aventuriers itinérants. Il y a peu, j’ai appris qu’un grand forgeron vivait à Ishandir, son savoir est sans pareil et l’on dit qu’il a forgé la lame du paladin supérieur de la ville sainte ! J’ai donc contourné le col de ces montagnes pour me rendre auprès de ce génie métallurgistes dans les meilleurs délais. Hélas il m’est arrivé un fâcheux accident au cours de mon ascension : voyez-vous j’ai une grosse faiblesse. Je ne peux résister au charme de jolies pucelles, ma foi très nombreuses sur les chemins de l’aventure ! En temps normal, quand je leurs fais la cour, soit elles acceptent, soit elles me mettent une gifle ou deux, ou de temps en temps un soupirant jaloux tente de me faire la peau, ça fait partie du jeu on gagne ou on perd. Mais figurez vous que cette nymphe des cimes neigeuses, que j’ai rencontré par hasard, a très mal pris mes avances et s’est mise en tête de me changer en glaçon ! Non mais vous imaginez, moi qui déteste le froid, je voulais simplement me réchauffer, et elle elle s’emporte pour une broutille ! Pour un guerrier de ma trempe, doté d’un charme aussi ravageur, il se passa la main dans sa chevelure rasta, que le mien c’est assez vexant ! Je ne voulais pas que vous appreniez mon échec amoureux, j’ai ma fierté voilà tout. Mais puisque le paladin insiste, je vous ai révélé la vérité. Maintenant si vous ne vouliez pas voyager avec un aussi piètre séducteur que moi, je ne vous en voudrai pas ! conclut-il la mine faussement boudeuse.
    - Nous voyageons avec un barbare, qui dès qu’il ouvre sa bouche fait défaillir toutes les pucelles du pays rien qu’à l’odeur ! Un vrai « tombeur », pourtant nous parvenons à le supporter ! Je ne pense pas que ce soit un problème de voyager avec toi, tu ne crois pas ? déclara Zach l’air moqueur.
    - Un « tombeur », hein ?! Continue comme ça et ce sont tes dents qui vont tomber, espèce de sorcier à la petite semaine doublé d’un maniaque ! s’emporta le barbare si facilement irritable.
    - Allons, il suffit ! Nous avons eu notre compte de bagarres pour la journée vous ne pensez pas ?! Dis moi Rolimbo, n’as-tu pas dit que ton forgeron prodigue résidait à Ishandir ? C’est justement notre destination finale ! Quand à tes déboires affectifs, ils ne me gênent pas tant que tu restes courtois envers ces demoiselles. Je ne vois donc pas d’inconvénients à ce que tu nous accompagnes. Intervint le paladin.
    - Moi j’en vois un ! Il s’agit d’un nain, même s’il a la peau sombre ! A ce titre il n’est pas digne de confiance, je m’oppose à toute coopération avec ce genre d’individus ! lança Arthalas.
    - Je ne suis pas un nain comme les autres et je n’ai aucun grief particulier contre les elfes ! Mais apparemment la tolérance n’est pas le fort de tes congénères. Tâche au moins de me connaître avant de me juger ! répondit le nain.
    - Ouais, il est trop sympa mon petit copain rasta ! C’est une vraie graine de barbare ! Moi je dis qu’il vient avec nous, que ça te convienne ou pas elfe ! Je sens qu’avec lui on va bien rigoler, en plus je veux apprendre à me battre comme lui, j’adore son sens du rythme. Allez Rolimbo, en route vers des nouveaux massacres, considère toi comme le cinquième membres des Frères du trèfle écarlate ! trancha le barbare.
    - Té ben lé dos… heu je veux dire c’est bien aimable à toi Phaelgalis. Je te propose un marché : je t’apprends à te battre avec style et toi tu éloignes tous les jaloux quand je courtise une belle ! Je pense qu’une grande équipe est née, notre chemin sera jonché de cadavres et de femmes comblées ! Ha ! Ha ! Je retrouve le moral, moi ! Allez hop, Phael finissons de manger et je raconterais mes plus belles conquêtes !
    - Bon très bien, ne venez pas me dire que je ne vous aurai pas prévenu ! Il n’est pas comme les autres nains, il est encore plus frappé ! Non mais regardez le sautiller sur place avec son sourire béat ! Ce groupe est vraiment invivable, mais encore une fois je vais me sacrifier : il peut venir ! » conclut l’elfe.

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    Après un nuit tourmentée par de cauchemars terrifiants, où il s’imagina avec une coiffure rasta, Arthalas eu la mauvaise surprise d’être réveillé par les sifflements de Rolimbo. Celui-ci pratiquait ses exercices matinaux de danse, battant des mains en rythme et se déhanchant de gauche à droite. Pour parachever le tout, le barbare, avec sa tête d’épouvantail mal réveillé, s’était mis en tête d’imiter son nouvel ami. Là où l’entrechoc des mains de Rolimbo produisait un son somme toute mélodieux, le claquement de mains de Phael s’apparentait plutôt à un coup de tonnerre mal ajusté. La tête comme un tambour, les trois autres compagnons n’eurent d’autre choix que de se réveiller et chacun commença à regretter sa décision de la veille. Une fois les deux danseurs biens échauffés, ils dévorèrent un frugal petit-déjeuner à base de fromage à peine dégelé. Puis le groupe reprit son chemin, cette fois-ci pour quitter définitivement cette maudite montagne ! En début d’après-midi ils parvinrent à l’orée de la Plaine de Mokhiosis, mais comme la carte indiquait une cité de belle taille non loin, ils décidèrent de faire un petit détour. Qui sait peut être trouveraient-ils à la fois de quoi remplir leurs poches et leurs estomacs ?

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